Seule, au milieu de nulle part, Sara avançait. Elle ne savait nullement où elle allait, mais, elle continuait d’avancer. Son instinct de survie semblait la porter. Cependant, malgré, le soleil qui régnait sur cette ville inconnue, elle ne pouvait empêcher les spasmes qui secouaient son frêle corps endolori par les tortures de Kellerman, sans oublier la chute qu’elle avait faite du premier étage sur le pare-brise d’un véhicule en contrebas. Elle avait mal partout. Mais, bien plus que les douleurs physiques qu’elle pouvait ressentir, son cœur lui faisait horriblement mal. Une terrible brûlure qui la dévorait de l’intérieur. Les événements s’étaient tellement vite enchaînés dans son esprit qu’elle ne se souvenait ni du jour ni de l’heure qu’il était. Les seules certitudes qui lui restaient résidés en ces derniers jours qu’elle venait de vivre. Tout était allé si vite. Lentement, elle ferma les yeux comme pour arrêter le temps qui ne cessait de défiler à la vitesse d’un TGV sous ses yeux. Le visage de Michael se mit doucement à flotter devant son esprit. Mais, elle ne put s’empêcher d’associer au jeune homme, Gila. Elle l’avait abandonné. Bien sûr, elle ne le souhaitait pas. Du moins, pas au début. Mais, lui ? Il devait sûrement croire qu’il l’avait définitivement perdu ? Elle s’en voulait terriblement pour le mal qu’elle lui avait causé. Seulement, lui aussi l’avait faite souffrir. Sans lui, son père serait probablement encore en vie. À cet instant, elle sentit une vague de colère longtemps enfoui, remontait en elle, comme paraît la lave d’un volcan en éruption après des millénaires de sommeil. De rage, elle serra les poings. Puis, elle entendit son portable se mettre à sonner dans son sac. Elle savait que c’était lui. Lui. Cet homme qui avait détruit sa vie. Elle le sortit, puis, le contempla. Elle serra davantage le portable dans sa main. Son regard s’était soudain fermé. Mais, après quelques instants de doute, elle réalisa que s’il l’appelait, c’était peut-être parce qu’il s’était passé quelque chose de grave. Elle s’en voulu. Rapidement, elle décrocha.
-Michael ?
Mais, personne ne répondit.
-Michael, insista-t-elle davantage ?
À nouveau, le silence lui répondit. Elle raccrocha. Son regard se voila. Une nouvelle fois, elle se retrouvait seule…
Plusieurs heures plus tard, Sara seule, continuait de se questionnait quant à l’appel de Michael. Tout se bousculer avec une force peu considérable dans son esprit. Michael. Elle aurait aimé sortir son image de sa tête, mais elle ne le pouvait pas et surtout elle ne le voulait pas. Ils s’étaient séparés sur une méprise de sa part à elle. Sans savoir quoi faire, elle tournait et retournait le téléphone dans sa main. Du sang tâchait son pull. Elle avait mal. Quelques minutes auparavant, elle venait de se recoudre le bras sans anesthésie. A présent, une douleur terrible la lancer. Elle se sentait si seule et perdue, qu’elle s’était cachée dans des toilettes publiques pour que personne ne la voit pleurer et ne la reconnaisse. Une larme vint mourir sur sa joue. La fatigue s’emparait de tout son être. Les murs lui semblèrent se rapprocher pour l’ensevelir. Une note de claustrophobie s’étrangla dans sa gorge. De l’air. Elle avait besoin de sentir l’air entrer dans ses poumons. Elle était vivante et elle voulait le rester. Elle sortit précipitamment de sa pseudo cachette pour se libérer de cette oppression.
Au dehors, la rue était bondée de monde. Discrètement, elle se massa à la foule, son téléphone à la main. Avec frénésie, elle composa le numéro de Michael. Elle avait probablement tord mais ce sentiment de peur qui grandissait en elle, lui dictait de l’appeler.
-Michael, c’est moi. Je ne devrais probablement pas t’appeler. Mais j’ai vu que tu avais essayé de me joindre alors je voulais savoir comment tu allais, car moi çà ne va pas du tout. Je suis perdue, je ne sais pas où aller. J’ai besoin de toi Michael. A Gila, je ne voulais pas t’abandonner, j’ai eu un problème. Je suis désolée. J’ai besoin de toi pour aller mieux. Je n’ai confiance qu’en toi et… et j’ai besoin de toi Michael… s’il te plaît.
Elle avait raccroché de peur de ne fondre en larme tant cette solitude qui l’entourait lui devenait insupportable. Son regard se porta autour d’elle. Puis, elle reprit sa marche dans la rue. Personne ne semblait la suivre. Mais s’en serait-elle vraiment aperçue dans le cas contraire ? Dans un geste de stress, elle tira sur les manches de son pull pour les porter sur ses poignets. Elle avait froid. D’un froid peu commun puisqu’il devait faire vingt degré dehors. Elle tremblait… oui… mais de peur…
Devant un magasin, la jeune femme aperçut des télévisions. On y diffusait en boucle les dernières informations. Instinctivement, elle se stoppa quelques secondes, jusqu’à ce qu’elle sente tous ses membres se pétrifier.
-Après plus de dix jours de cavale, les deux prisonniers les plus recherchés des États-unis, Michael Scofield et Lincoln Burrows, sont sur le point d’être reconduit à Fox River.
La jeune femme étouffa un cri d’horreur avant de repartir dans la rue. Elle devait paraître le plus naturel possible. Mais comment ?
Ne suivant que son instinct, Sara se rendit, alors, avec une lame de rasoir cachée au fond de son sac, dans un sordide petit motel de la ville dans laquelle elle se trouvait. Dans la salle de bain, quelques instants, elle contempla le visage que lui renvoyait le miroir. Elle ne se reconnaissait plus. Qui est cette femme, se demanda-t-elle intérieurement ? Dans ses yeux, elle avait l’impression de revoir le film de sa vie. Tout ce qu’elle était, tout ce qu’elle avait connu, tout ce qu’elle avait bâti au cours de sa courte existence, tout avait pris fin, le jour où un certain Michael Scofield était entré dans sa vie. Sans crier gare, il avait tout dévasté. Aujourd’hui, il ne lui restait plus rien… sauf… elle. Dans un mouvement de va et vient, alors que l’eau chaude coulait sur ses mains, elle laissa la lame de rasoir glisser sur ses doigts. Fallait-il en finir maintenant ou bien continuer d’avancer en ne sachant pas ce qui l’attendrait. Inlassablement, elle plongea son regard dans l’eau. Elle aurait aimé avoir sa pureté et sa liberté. Mais, il n’en était rien. Son regard se porta, alors, sur le visage de cette inconnue si pâle qui semblait la défier. D’un geste désespéré, la lame vint tracer un trait strident sur le miroir, comme si elle avait voulu trancher la gorge de cette femme qui ne lui semblait pas être elle et qui pourtant l’était. Après une profonde inspiration, elle se saisit de l’une de ses longues mèches brunes et la sectionna d’un geste sec. Une à une, elles tombèrent dans le lavabo. Une partie d’elle qu’elle abandonnait, ce fut son sentiment.
Dans la rue, les cheveux courts, Sara se saisit de son sac à main et à l’abris des regards, elle commença à se séparer de tout ce qu’avait pu être Sara Tancredi jusqu’à ce jour. Vidant un à un ces objets qui avaient fait d’elle se qu’elle avait pu être à une certaine époque, son regard s’attarda sur son laissez-passer de Fox River. Ses doigts glissèrent sur la photo. Un adieu à cette femme qui venait de disparaître. Puis, elle reprit son chemin, sans un regard en arrière. Tout était fini… Elle était seule… Définitivement seule…